Tour du monde de la musique

Porto Rico

De la danza à l’avant-garde, une identité musicale entre île, Caraïbe et États-Unis

L’histoire musicale portoricaine est inséparable du statut politique de l’île : colonie espagnole jusqu’en 1898, puis territoire des États-Unis. La danza, héritière créolisée de la contredanse, devient au XIXe siècle un symbole national. Au XXe, les compositeurs négocient constamment entre jíbaro, héritages afro-portoricains, modernismes internationaux et circulation vers New York.

La frontière entre musique de concert et répertoire populaire demeure poreuse. Boléro, chanson, salsa, jazz et musique électronique sont ici retenus lorsqu’ils ont transformé la pensée de la forme ou de l’identité.

Porto Rico

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Opéra, chapelle et institutions au XIXe siècle

Felipe Gutiérrez y Espinosa (1825–1899), maître de chapelle de San Juan, écrit avec Guarionex (aucun enregistrement public fiable repéré) ; œuvre représentative disponible : La Despedida le premier opéra portoricain conservé. Ses Te Deum montrent une vie savante antérieure au récit centré sur la danza.

Domingo Delgado Gómez (1806–1858), organiste et compositeur, participe à la professionnalisation de la musique religieuse ; son répertoire aujourd’hui rare (aucun enregistrement public fiable repéré) rappelle les lacunes documentaires de la période.

L’âge de la danza : le salon devient national

Élève de Gottschalk, Manuel Gregorio Tavárez (1843–1883) donne à la danza sa forme romantique. Margarita, La sensitiva et Redención (aucun enregistrement public fiable repéré) associent introduction mesurée, mélodie chantante et rythmes créoles.

Juan Morel Campos (1857–1896), son élève, orchestre et popularise le genre dans plus de trois cents danses. Felices días, Tormento et No me toques font du piano une scène sociale et affective.

José Ignacio Quintón (1881–1925) porte la danza vers la virtuosité du XXe siècle : El Coquí et Mi estrella. José Enrique Pedreira (1904–1959) la prolonge dans Tú sabrás (aucun enregistrement public fiable repéré) ; œuvre représentative disponible : Una rosa.

Chanson, boléro et conscience portoricaine

Rafael Hernández Marín (1892–1965), musicien militaire, voyageur et compositeur prolifique, donne au boléro une portée continentale. Lamento borincano transforme la pauvreté rurale en récit national ; Preciosa et Capullito de alhelí montrent sa maîtrise mélodique.

Sylvia Rexach (1922–1961) impose une voix féminine et urbaine dans le boléro. Olas y arenas et Alma adentro unissent harmonie raffinée et intimité sans grandiloquence.

Dans un autre espace populaire, Catalino « Tite » Curet Alonso (1926–2003) renouvelle la salsa par des textes historiques et sociaux : Anacaona et Las caras lindas font de la chanson dansée une chronique afro-portoricaine.

L’école nationaliste des années 1950

Amaury Veray (1922–1995), Héctor Campos Parsi (1922–1998) et l’Américain établi sur l’île Jack Delano (1914–1997) construisent une musique de concert liée au nouvel appareil culturel portoricain. Veray stylise le chant rural dans le Villancico yaucano et Yerba bruja — II d’En la vida todo es ir.

Campos Parsi combine modalité, danse et métier international dans Divertimento del Sur (aucun enregistrement public fiable repéré) ; œuvre représentative disponible : Tiempo sereno, Sonate pour piano — IIIe mouvement (extrait) et Oda a Cabo Rojo (aucun enregistrement public fiable repéré) ; œuvre représentative disponible : Mi rancho. Delano documente la culture rurale autant qu’il compose : Ofrenda musical (aucun enregistrement public fiable repéré) ; œuvre représentative disponible : Cantarcillo marinero et Sinfonietta pour cordes (aucun enregistrement public fiable repéré).

Une nation sans État souverain. Le nationalisme musical portoricain se développe dans les institutions d’un territoire associé aux États-Unis. Le jíbaro et la danza deviennent donc à la fois patrimoine, résistance culturelle et parfois image officielle simplifiée.

La rupture avant-gardiste

Rafael Aponte-Ledée (né en 1938) introduit sérialisme, hasard, électronique et théâtre instrumental. Presagio de pájaros muertos (aucun enregistrement public fiable repéré) ; œuvre représentative disponible : Algo flota sobre el Palladium, Streptomycine (aucun enregistrement public fiable repéré) et Impulsos (aucun enregistrement public fiable repéré) ; œuvre représentative disponible : Relatos de un paisaje asesinado refusent l’identité réduite à une danse reconnaissable.

Francis Schwartz (né en 1940), Américain installé à Porto Rico, transforme le concert en situation participative dans The Gray Road. William Ortiz-Alvarado (né en 1947), établi à New York, confronte rock, salsa et politique dans Rito Ceremonial of the Church of the Spanglish Nación.

Guitare et orchestre : lyrisme antillais

Ernesto Cordero (né en 1946), guitariste et compositeur, fait de l’instrument le centre d’un langage lyrique nourri de Caraïbe. Le Concierto antillano — Ier mouvement (extrait), le Concierto de Bayoán et Ínsula — partie 1 (extrait) associent chant ample, percussion et virtuosité.

Roberto Sierra (né en 1953), élève de Ligeti, synthétise processus modernes et rythmes caribéens dans Fandangos, Sinfonía nº 3, La Salsa et Concierto barroco.

Créations transnationales

Raymond Torres-Santos (né en 1958) traverse musique orchestrale, électronique et production populaire dans Requiem et Puerto Rico se levanta. Carlos Alberto Vázquez (né en 1952) développe Requiem Domesticus attentif au timbre.

Alfonso Fuentes (1954–2023), pianiste et compositeur, unit poésie, orchestre et héritages afro-caribéens dans Planeaciones ancestrales. Sonia Ivette Morales (née en 1963) porte la percussion et les rythmes insulaires dans Paisajes.

Nouvelles générations : objets, électronique et écologie

Angélica Negrón (née en 1981) compose avec instruments, voix, plantes et dispositifs électroniques. Marejada, Sembrar & Pasajero et ses installations font de l’écoute une relation écologique et intime.

Johanny Navarro (née en 1992) associe percussion, orchestre et théâtre dans Belén: un canto sagrado a mis ancestros. Christian Quiñones (né en 1996) aborde colonialité, identité queer et mémoire dans What My Mother Wrote. Leur travail montre une identité boricua désormais plurielle, insulaire et diasporique à la fois.

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