Tour du monde de la musique

Mongolie

De la voix qui épouse l’horizon aux orchestres, au cinéma, aux machines et au rock des steppes.

La Mongolie oblige l’auditeur sédentaire à changer d’échelle. Le chant long étire une syllabe jusqu’au paysage ; le morin khuur fait du cheval une mémoire sonore ; le khöömii superpose plusieurs voix dans un seul corps. Quand l’opéra et la symphonie arrivent au XXe siècle, ils ne remplacent pas ce monde : ils essaient de lui construire une autre architecture.

Des frontières perméables. Les noms mongols connaissent plusieurs translittérations. Je donne la forme la plus courante dans les sources internationales. Les ensembles traditionnels et groupes collectifs sont présentés à part des compositeurs individuels, car leur création repose souvent sur l’arrangement partagé.
La traduction automatique s’ouvrira dans un nouvel onglet.

1. Chant long, khöömii et morin khuur : penser par le souffle

L’urtiin duu, ou « chant long », ne désigne pas nécessairement une longue pièce : ce sont les syllabes qui s’élargissent, ornées sur une vaste tessiture. Le morin khuur, vièle à tête de cheval, accompagne chants, contes et cérémonies ; le khöömii fait entendre simultanément un bourdon et ses harmoniques. Ces arts, reconnus par l’UNESCO, sont des pratiques vivantes, pas un stock de « thèmes folkloriques ».

2. Les fondateurs : l’opéra rencontre la steppe

Bilegiin Damdinsüren participe à la naissance de l’opéra national avec Uchirtai gurvan tolgoiTrois Collines tristes. L’enregistrement disponible sous le titre Three Dramatic Characters permet d’en entendre la déclamation. Avec Luvsanjambyn Mördorj, il compose aussi l’hymne national.

Mördorj donne surtout à l’orchestre un territoire dans la Symphonie no 1, « Ma Patrie ». Sembiin Gonchigsumlaa, formé à Moscou, développe ballet, symphonie et musique pour piano ; ses Vingt-quatre Préludes montrent comment une miniature peut éviter le simple arrangement.

3. L’école symphonique : écrire grand sans perdre l’espace

Eregzengiin Choidog développe le ballet mongol : le Finale du ballet The Sound of Music en donne une page énergique. Tsendiin Namsraijav, chef et compositeur, anime l’orchestre par des gestes francs dans l’Ouverture festive, puis peint un paysage plus narratif dans Les Trois Beautés du Gobi.

Chez Zunduin Khangal, la tradition devient matériau de transformation : les Variations sur un thème mongol font du piano un laboratoire de timbres. Les œuvres vocales de D. Luvsansharav, essentielles dans le pays, sont encore trop rarement identifiées dans les archives internationales : mieux vaut les mentionner sans fabriquer un lien incertain.

4. Byambasuren Sharav : une steppe intérieure

Byambasuren Sharav (1952–2019) est le grand passeur de la seconde génération. Enfant, il apprend l’accordéon avec son père, devient instituteur, puis étudie au conservatoire de Sverdlovsk. Son catalogue traverse chanson, film, symphonie, ballet et concertos pour instruments traditionnels.

Yo-Yo Ma lui commande pour le Silk Road Project Legend of Herlen : le morin khuur y dessine moins un décor qu’une profondeur temporelle. La pièce pour piano I Want to Go to the Bright Horizon porte bien son titre ; son élan simple reste longtemps dans l’oreille.

5. Cinéma et mémoire nationale

Natsagiin Jantsannorov est indissociable du cinéma mongol. White Stupa no 1 possède la lente évidence d’un chant remémoré ; la musique de Mandukhai Setsen Khatan transforme une héroïne historique en présence sonore.

Pour le film historique Galdan Boshigot, B. Munkhbold utilise la grande fresque orchestrale : La Bataille du lac Olgoi. Cette musique d’écran est parfois plus diffusée que les partitions de concert et mérite donc sa place dans l’histoire.

6. Rencontres et diaspora : l’instrument comme passeport

Installé en Allemagne, Enkhjargal Dandarvaanchig, dit Epi, est interprète, improvisateur et compositeur. Son chant diphonique avec morin khuur rappelle qu’une performance peut être une composition en train de se faire. Khatanbaatar Altangerel explore, lui, l’écriture de chambre pour instruments traditionnels dans le Quatuor de morin khuur no 1.

Sansargereltekh Sangidorj, pianiste et arrangeur, fait passer Bach à travers une sensibilité mongole dans un Prélude en ut mineur pour six instruments. Ce détour dit bien que l’identité musicale n’est jamais une rue à sens unique.

7. Électronique, néo-folk et rock : la steppe amplifiée

Le producteur Bodikhuu construit des paysages à partir de samples dans De Janeiro. Sous le nom Magnolian, Dulguun Bayasgalan choisit au contraire une chanson indie dépouillée : The Bride & the Bachelor.

Le collectif The HU a rendu mondial un « hunnu rock » où morin khuur, khöömii et guitare saturée se renforcent mutuellement : Wolf Totem et Yuve Yuve Yu. Il faut cependant écouter aussi les arrangements acoustiques d’Anda Union, The Herdsman, et de Khusugtun, entendu aux BBC Proms : la modernité peut aussi passer par une écoute neuve des instruments anciens.

Mon fil d’écoute

  1. Damdinsüren — Trois Collines tristes
  2. Mördorj — Ma Patrie
  3. Gonchigsumlaa — Vingt-quatre Préludes
  4. Namsraijav — Les Trois Beautés du Gobi
  5. Khangal — Variations
  6. Sharav — Legend of Herlen
  7. Jantsannorov — White Stupa
  8. Altangerel — Quatuor de morin khuur
  9. Epi — chant diphonique
  10. Bodikhuu — De Janeiro
  11. The HU — Wolf Totem
  12. Khusugtun — BBC Proms

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